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Patrick Van Caeckenbergh
Visite du Soir
Il y a un nombre incalculable de petites choses de la vie, comme cette boîte de crayons de couleur qui fait office de tombe soutenue par quatre nains de jardin ou un cheval composé d'une table et de bocaux de légumes. Des boîtes à cigares s'érigent en maison ou en dos de livres dans l'atelier de Patrick Van Caeckenbergh, fabuleux espace reconstitué au centre de l'exposition La ruine fructueuse, au Musée M. C'est là que l'artiste né à Alost en 1960 compose son grand inventaire du monde, un "atlas des idéations" dans lequel il censure toute sexualité.
Cet homme en perpétuel état de distillation est un merveilleux encyclopédiste habité d'un réseau sophistiqué. Tenancier d'un cabinet de curiosités, il emprunte au grand monde des images, rassemble des objets hétéroclites qui, un jour ou l'autre, rejoindront une idée : Fosse sceptique, Dieux suppliants, Nautile sur roues ou Berceau surréaliste...
La première phase de son oeuvre correspond à ses années d'études gantoises. Il construit une boîte pour y vivre, dans un bâtiment industriel désaffecté. Sa Living Box lui servira même de travail de fin d'études en architecture. En 1984, la période Abracadabra fait entrer l'artiste dans un monde magique. Via des savoirs engrangés à travers des films, des livres, l'histoire de l'art, l'artiste devient anthropologue et il érige des systèmes de classification superbement visuels. À partir de 1991, il prend ses distances vis-à-vis du monde extérieur. L'arbre de vie fait son apparition et les métaphores fourmillent : Château de cartes, Ventriloque, Collection de peaux, dressent un panorama fait de floraisons et de putréfactions.
La période actuelle correspond au déménagement de l'artiste dans le village de Sint-Kornelis-Horebeke. Un calme s'impose dans les Ardennes flamandes. Il met son art au service des villageois, compose un dais pour une procession, engage le dialogue avec les visiteurs autour d'une soupe qu'il a préparée... Et tous ces petits gestes de la vie, ce sont aussi des oeuvres monumentales présentées au Musée M.
Bonheur tranquille. La dernière salle se compose d'une forêt d'arbres. Ce sont les oeuvres récentes de Patrick Van Caeckenbergh, des merveilles de précision du trait. Un dessin d'après photographie ? "Au départ, je prends une photo, puis je la débarrasse de tous les éléments perturbateurs, murs, voitures, etc., explique l'artiste dont la maison donne sur un vieux jardin de cloître cerné d'arbres très anciens. Censurer l'environnement, c'est la moitié du travail. Je colle un calque sur la silhouette et j'improvise. Cela a l'air hyperréaliste mais c'est tout le contraire. À la mine 01, avec un petit crayon en tournant, je rajoute plein de détails. Et cela me prend des semaines." Un nouveau vertige inachevé.
DOMINIQUE LEGRAND
(édition du 01/02/2012)
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