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Un certain Robert Doisneau
Visite du Soir
Un Titi de Paris gobant l'inspiration au plafond de sa classe. Le chanteur Renaud, bouquet de fleurs à la main devant un mur lépreux. Rigide Simone de Beauvoir aux Deux Magots. Le Pavillon américain à l'Expo 58. Le désert du Colorado. Les canaux de Bruges, Chertal, Binche, Bruxelles... La misère et le luxe. Des galoches qui claquent sur le pavé de la banlieue parisienne au trop célèbre Baiser de l'Hôtel de Ville en passant par la sidérurgie liégeoise : l'exposition Un certain Robert Doisneau célèbre le 100e anniversaire de la naissance à Gentilly du prolifique "photographe humaniste".
Escale de cette rétrospective en Belgique, l'Abbaye de Stavelot propose 284 clichés, dont une série belge complètement inédite découverte dans l'atelier de Montrouge par les deux filles du photographe, fidèles héritières qui multiplient les expos à succès aux quatre coins du monde. Du noir et blanc où Doisneau exulte jusqu'à la couleur psychédélique des clichés réalisés pour Vogue, l'exposition retrace le parcours du photographe de l'instant qui accrochait son oeil impavide.
"Il est toujours resté un artisan, de la photographie des becs de gaz aux enfants qui étaient un peu son autoportrait, explique sa fille Annette, jusqu'aux clichés des célébrités." C'est dans les années 80 que le déclic a joué : "Tous les étudiants avaient des posters dans leur chambre. C'était une véritable mode, reprend sa fille aînée. Mon père avait exécuté Le Baiser de l'Hôtel de Ville pour le magazine Life qui ne l'avait pas retenu. La photographie a dormi dans les archives jusqu'à ce qu'un jeune éditeur s'en empare pour réaliser un poster vendu à des millions d'exemplaires. Le procès a surgi. Le cliché n'était pas un instantané. Le jeune couple du cours Simon qui avait posé a réclamé des droits."
Un morceau de rêve s'est brisé. Doisneau est-il vraiment ce photographe de l'instantané, des amoureux et des poulbots de Paris, un professeur de bonheur simple ? Posait-on pour lui, à l'instar des mises en scène élaborées par Man Ray, Luis Buñuel ou Nan Goldin ?
Magique dans sa simplicité saisie sur le vif (ou non), une certaine beauté parcourt tous les clichés, beauté qui fait entrer la photographie dans le royaume de la banalité et du quotidien tout comme elle s'adonne sur commandes au monde luxuriant des stars, du glamour, de la séduction et du rêve. En s'emparant du corps médium, Doisneau s'inscrit dans la tradition artistique du XX siècle. Sujet et objet d'art, le corps vu par le photographe est celui de la réalité nue, silhouette plantée à l'endroit où elle est, sans fantasme.
(édition du 15/02/2012)
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