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Track
Visite du Soir
Une quarantaine d'artistes du monde entier, invités à créer une oeuvre nouvelle, en plein air ou dans divers espaces publics gantois. Voilà le programme de Track. À pied ou en vélo, on redécouvre toutes les facettes de la ville. Sur la pelouse du parc Citadel, Leo Copers a créé un cimetière dont les pierres tombales portent les noms des plus grandes institutions muséales. Dans les vignobles de l'abbaye Saint-Pierre, des dizaines de visiteurs feuillettent les livres de la bibliothèque en plein air de Massimo Bartolini.
À l'intérieur de l'abbaye, les milliers de photographies de Fischli & Weiss dialoguent avec les hauts plafonds peints. À deux pas du Vooruit, l'impressionnant ballon gonflable d'Ahmet Ögüt, dégradé, a dû être enlevé. On se console un peu plus loin, à l'Hôtel de Ghellinck, avec les deux grands bustes allongés de Michael Borremans qui s'aventure dans la sculpture. À l'ancienne bibliothèque municipale, Emilio Lopez Menchero présente une installation vidéo où les habitants de deux quartiers gantois chantent des chansons de leur choix. À l'abbaye Saint-Bavon, Mircea Cantor a déposé sur la pelouse une petite maison sur laquelle un artisan a sculpté un motif de grosse corde comme si l'objet, sans toiture, venait d'être déposé du ciel.
Face à la gare Gent-Dampoort, Tadashi Kawamata a construit une sorte de favela en bois sur les bords d'un bassin inaccessible. Plus accessible mais tout aussi déroutant, Erik van Lieshout nous invite dans un ancien magasin désaffecté où des planchers artificiels réduisent l'espace de vie, à l'image des coupes budgétaires dans le secteur culturel flamand. Teresa Margolles, Pascale Marthine Tayou, Benjamin Verdonck et bien d'autres complètent ce riche parcours à arpenter avec le petit guide de la manifestation et la carte qui l'accompagne.
Une nuit en plein ciel
Passer une nuit dans une unique chambre d'hôtel, installée sur une plate-forme, à 24 mètres de haut, à côté d'une énorme horloge : voilà le genre de proposition bizarre qui titille notre curiosité. Au départ pourtant, on se dit qu'on s'est fait un peu avoir. En sortant de la gare de Gand Saint-Pierre, on découvre une grosse boîte blanche au sommet d'un échafaudage entourant la tour centrale. Vu de l'extérieur, l'Hotel Gent n'est pas vraiment attirant. Construit pour trois mois, dans le cadre de Track, il est pourtant l'oeuvre du Japonais Tazu Rous qui n'en est pas à son coup d'essai.
Chaque jour, de 10 à 18 heures, le public peut visiter la chose. Première étape, s'enfiler les 120 marches (comptage officieux) menant au sommet de la tour. Là, on pousse une porte noire et... on se retrouve face à l'énorme horloge de la gare. L'effet est saisissant. Au centre de l'espace, le gros cube formé par les quatre faces de l'horloge. Tout autour, une chambre au design impeccable. "Ça serait trop cool de passer la nuit ici", s'enthousiasme un gamin. L'unique chambre est en effet à la disposition du public (100 euros la nuit). Mais toutes les nuitées ont été vendues en quelques minutes. Un désistement de dernière minute nous a toutefois permis d'en profiter. Pour l'heure, l'oeuvre de l'artiste japonais est accessible à tous. Mais ce soir, nous en serons les seuls occupants...
À 20 h 05, nous entamons notre deuxième ascension du jour. Arrivés au sommet, nous sommes chez nous. Cette fois, on peut se jeter sur le lit et même se faire couler un bain en contemplant la ville. L'horloge semble encore plus énorme que tout à l'heure. Une douce lumière rouge colore les cadrans de ce qui doit être le plus gros réveil au monde. Sous l'auvent de verre qui surplombe l'entrée de la gare, des voyageurs nous font de grands signes depuis la terre ferme. Pas de télévision dans la chambre mais on s'en passe aisément : le spectacle est à nos côtés et à nos pieds. À nos côtés, l'énorme horloge égrène les minutes sans un bruit. De l'extérieur, on perçoit de temps à autre une voix féminine annonçant l'entrée d'un train en gare. À l'intérieur, pour une fois, on peut chanter à tue-tête ou mettre la radio à fond sans crainte de gêner les voisins.
Déjà 21 h 30. Un bon bain, un coup d'oeil au catalogue des installations de Tazu Rous et il est l'heure de se coucher. Par la baie vitrée, la ville illuminée. Dans la chambre, les quatre cadrans distillent une étrange lueur. À 22 h 30, ils s'éteignent comme par magie plongeant l'Hotel Gent dans la pénombre.
À 7 h du matin, on ouvre les yeux. Notre réveil a beau être le plus gros du monde, il n'a (heureusement) pas sonné. Le soleil qui envahit la pièce nous invite à quitter le lit douillet. Sous nos pieds, des navetteurs s'engouffrent dans la gare. Dans quelques minutes, nous les aurons rejoints. Après une nuit magique dans une chambre dont on finira par se demander si elle a vraiment existé. En tout cas, horloge ou pas, on n'a pas vu le temps passer.
JEAN-MARIE WYNANTS
(édition du 22/08/2012)
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