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Oroonoko !
Visite du Soir
(Avis de la rédaction)
Oroonoko ? Dans sa version originale anglaise, c'est un bref roman écrit par Aphra Behn (1688) où il est question d'amours tragiques et de révolte d'esclaves dans le Surinam... À Stavelot, Oroonoko ! devient l'intitulé d'une double exposition, deux coups de coeur du critique d'art et commissaire d'expositions Hans Theys.
Les céramiques glaçurées de Tamara Van San (1982) - objets sculpturaux monstrueux et coagulations colorées réalisées lors d'une résidence à s'Hertogenbosch - constituent une étape (et non la meilleure) dans un parcours reconnu par le Smak.
Le travail entrepris par Rein Dufait y répond avec une maestria où le monstrueux fait sens. Les oeuvres de l'artiste ostendais âgé de 22 ans arborent des titres qui évoquent une princesse de Fantasy, comme l'oeuvre emblématique Hayalara, ou encore ce Hudud qui tire son appellation du récit chanté des peuples Ifugao aux Philippines.
De peu et de fragilité - ces débris rejetés par les marées de la mer du Nord -, Rein Dufait fait germer une vague d'images totémiques. Une vielle raquette de ping-pong perforée (Wonogirl), un lambeau (Hayalara) ou une paire de gants en caoutchouc (Waze), tous sont porteurs d'histoires. Revisitant le ready-made de Marcel Duchamp, les interventions de Dufait questionnent les notions de beauté et de monstrueux car de la pollution ou du rebut, il fait oeuvre d'art dans une simplicité de moyens qui renforce encore le message.
"L'oeuvre de Dufait naît dans son atelier, écrit Hans Theys, presque malgré lui, comme si les matériaux et les outillages que ce sculpteur réunit autour de lui s'animaient d'eux-mêmes." C'est le cas de Hudud, réalisé en 2012 comme la plupart des oeuvres présentées. La stalactite de plâtre renfermait des pots de couleurs. Incisant la sculpture à la hache, Rein Dufait a fait jaillir la peinture, créant un effet fétichiste aussi incontrôlable que prometteur sur le plan artistique, à partir d'un simple cri de révolte.
(par DOMINIQUE LEGRAND - édition du 20/06/2012)
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