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dimanche 19 mai 2013
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Libert'In
Visite du Soir
  (Avis de la rédaction)

Milo Manara a financé ses études d'architecture en signant des dessins coquins, avant de devenir le pape de l'érotisme en bande dessinée dans les années 1980. Le Déclic, sa série sur une femme sous influence, subira les foudres de la censure mais allumera les sens de la critique et du public. Qu'il s'empare de l'histoire de Giuseppe Bergman, des Borgia ou des X-Men, Milo Manara défie la morale d'un coup de pinceau révélateur.
 
Si l'oeuvre du maître italien ne peut être réduite à son art de la fessée ou du Kamasutra, c'est bien de corps, de chair et de jouissance qu'il est question dans l'exposition Libert'In, où ses toiles inspirées par La Fontaine et ses portraits d'héroïnes sensuelles joutent avec les fesses à claques d'Alex Varenne, les tétons pop-art d'Eric Liot ou les pin-up de Philippe Berthet pudiquement réfugiées dans la crypte aux originaux.
 
Aux fables de La Fontaine, vous avez préféré pour cette exposition les contes licencieux, moins moralisateurs. Qu'est-ce qui vous fascine dans ces vers libertins ?
 
Je n'en avais pas entendu parler avant qu'on ne me les glisse sous les yeux ! En Italie, nous avons les poètes érotiques Boccaccio ou Baffo mais sans les rimes. J'ai trouvé ces contes de La Fontaine si joliment faits que j'ai eu envie de les illustrer avec une palette proche de celle de Rembrandt pour donner un caractère précieux à l'image. C'est un peu orgueilleux de dire ça car mes illustrations sont plus légères que celles de Rembrandt.
 
Une image vous suffit pour condenser tout un conte ?
 
Je choisis à chaque fois l'instant le plus représentatif de la fable. C'est assez simple car chez La Fontaine, il y a toujours ce moment où tout s'explique. La mise en scène est déjà prête...
 
Vos femmes n'ont pas le physique de l'époque de Rembrandt, du Titien ni de La Fontaine. Vous préférez d'autres archétypes ?
 
J'ai les miens, en effet. Le concept de beauté et de séduction a beaucoup évolué dans le temps et l'espace. A l'époque de Rubens, la cellulite était un élément de séduction typiquement féminin tout comme l'opulence corporelle. Avoir de la chair était un signe de santé éclatante et de richesse. Moi je ne vais pas jusque dans l'anorexie contemporaine. Ma sensibilité est du côté de l'androgynie. J'ai relu les contes de La Fontaine avec un regard d'aujourd'hui. J'ai pris l'inspiration de la peinture du XVIIe siècle mais je la réinterprète avec l'idéal de beauté actuel.
 
A côté de ces fables libertines, vous signez un hommage graphique à vos héroïnes de BD favorites : celles de Forest, Pratt, Moebius, Peellaert, Liberatore, Bourgeon, Wolinski, Crepax, Giardino... Vous préférez dessiner les femmes nées après 1968 ?
 
C'est très personnel. J'ai appris à dessiner avec Barbarella de Forest et Pravda la survireuse de Peellaert. J'ai choisi les héroïnes en fonction de ce qu'elles m'ont apporté au plan artistique ou de ce que leurs auteurs m'ont donné. La plupart d'entre elles ont été méprisées quand elles sont nées. Dans ma famille, en Italie, la bande dessinée était considérée comme un art dangereux dans les années 1960. Les magazines et les albums de BD étaient interdits à la maison. C'est peut-être la raison profonde pour laquelle un personnage comme Barbarella a été si fondamental dans mon parcours personnel...
 
L'exposition "Libert'In" confronte vos dessins à ceux de Varenne, Berthet ou Liot. Comment ressentez-vous ces rencontres graphiques ?
 
Je me sens à l'aise avec Berthet et Varenne. Ils appartiennent comme moi à l'univers de la bande dessinée. Leurs images racontent chacune une histoire. Pour ce qui concerne le travail de Liot, sa démarche me rappelle celle de Roy Lichtenstein. Il met des illustrations bout à bout sans se préoccuper de leur sens initial, peu importe pour lui ce qu'il y a dans la case d'origine. C'est la présentation qui est importante dans ses oeuvres, autrement dit : la façon de représenter le sujet. Au contraire, dans l'image de bande dessinée, le sujet, c'est ce qui est raconté. En ce sens, cette exposition souligne que l'art et la bande dessinée restent deux choses complètement différentes.
 

 
(par Propos recueillis par DANIEL COUVREUR - édition du 11/07/2012)
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