Votes du public
Voter pour cet évènement :
En partenariat avec NetEvents.be
Wim Delvoye "Au Louvre"
Visite du Soir
L'homme a la frite, c'est sûr! Qu'on nous pardonne cette expression triviale mais tout Delvoye est dedans. Etendard, avec quelques comparses, du Gouvernement flamand, il est malin comme un singe, à la tête d'une véritable entreprise artistique qui génère et commercialise ses "détournements" avec un art consommé. A 47 ans, il a franchi les échelons qui font de lui une vedette capable de mettre le monde dans sa poche
Même l'élite culturelle française qui s'était scandalisée de l'installation de Jan Fabre, au Louvre, n'a, à ce jour, pipé mot.
Voici donc Delvoye aux premières loges de l'illustrissime musée que d'aucuns, soit dit en passant, accusent d'avoir vendu son âme au diable. Il y occupe les appartements de Napoléon III, donnant d'incontestables lettres de noblesse au système pipi-caca qui lui tient lieu de fonds de commerce et ressurgit dans la gigantesque pièce pseudo-gothique nommée "Suppositoire" sous la Pyramide. Malgré sa hauteur et son poids, on la remarque dans le tohu-bohu visuel du musée.
Même effet d'intégration dans les salles Napoléon III, luxuriantes, dorées, kitsch, que personne ou presque ne visite plus. Une voie de garage? Pour Wim, qui rappelle que cette époque fut, comme la nôtre, celle de grands déboires boursiers mais aussi d'avancées scientifiques et culturelles, c'est un choix. Le potache, dit-on, cache un vrai collectionneur, amoureux d'art ancien, de Jules Verne et de lectures pointues.
Il a placé, parmi les velours et les brocarts, ses dernières créations, des pièces décorative pseudo-gothiques, des dentelles d'acier et des sculptures en bronze et en inox conçues par ordinateur et laser. Tout en dialoguant avec le style Napoléon III, elles multiplient les torsions, les distorsions, les déformations, les trompe l'oeil, les anamorphoses, s'emparant des thèmes de Daphnis et Cloé, Hermès, du nautilus. Toutes procèdent d'une ingiénerie complexe (Delvoye travaille avec des ingénieurs) et se fondent dans ces ensembles historiques sans provocation grossière, avec même, il faut en convenir, aplomb, allure, poésie, maestria.
Delvoye va davantage dans le sens du détournement, du pastiche et de la parodie que de la "zwanze". Seuls les cochons empaillés et tatoués de tapis persans restent franchement incongrus dans ce contexte, osant le blasphème. Quant au Christ en croix - une marque qui a fait ses preuves depuis 2000 ans -, il est le thème de huit belles sculptures en bronze sur la table de la salle à manger. L'homme conclut son parcours avec une chapelle pseudo-médiévale en acier corten dans le département du XVe et des motifs scatologiques sur les vitraux. Rien de méchant. De ce point de vue, il n'était pas facile de "détourner" le moyen âge qui avait déjà fait fort.
DANIÈLE GILLEMON
(édition du 20/06/2012)
Votre avis
|
|