Comment filmer la France ? Comment filmer le monde ? Comment filmer Raymond Depardon ? La réponse est dans ce film, au montage étonnant : en mixant les trois, pardi !
Notre entretien avec Raymond Depardon.
Journal de France est un curieux objet. On y embarque dès le début dans le camping-car de Depardon, pour les petites routes et parmi les modestes villages de l'Hexagone. On y suit le carnet de voyage en solitaire du photographe face aux clochers, aux fermes, aux vaches et aux hommes de son pays. Mais le voyage est multiple, et bientôt, nous voilà renvoyés, cinquante ans en arrière, dans les archives des premiers reportages et films de Depardon.
Un voyage passionnant, en ce qu'il nous offre, derrière l'autobiographie "professionnelle", une véritable photographie sur le monde, mais aussi un témoignage sur la grande Histoire.
Le film ressemble en cela à un document, bien plus qu'à un documentaire. Un document sociologique, et souvent politique, sur la seconde moitié du vingtième siècle. On y voyage avec Raymond Depardon en guerre d'Algérie, au Vietnam, à Prague assiégé de chars russes, au Tchad, au Biafra, en Afrique du Sud. On y suit aussi la trace de quelques personnalités politiques, comme Valéry Giscard D'Estaing, dont Depardon filmera la campagne... et qui sera censuré jusqu'en 2002. On s'y intéresse aussi aux grands blessés de la planète, des malades mentaux aux repris de justice en passant par les victimes de la guerre. On y réfléchit encore à l'évolution de la société du spectacle, et en particulier à la "pipolisation" de la politique. Passionnant, on le répète.
(par N.Ce. - édition du 13/06/2012)