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Salome
L'avis du Soir
Une héroïne straussienne de plus dans l'orbite du metteur en scène belge Guy Joosten à la Monnaie, en coproduction avec le Liceo de Barcelone : après Elektra en 2010, voici Salomé, fille d'Hérodias et belle-fille du Tétraque de Judée Hérode.
Cette gamine biblique n'a qu'une idée en tête (et en corps) : baiser la bouche de Jochanaan, le prophète enfermé dans la citerne du palais. Selon Joosten, cette adolescente gâtée a des circonstances atténuantes : la décadence d'un régime qui ne connaît que pouvoir, argent, corruption, et une relation incestueuse avec son beau-père, explicitée dans un film artistiquement suggestif (Claudio Piazenza). Ce film, Salomé le projette à tous en guise de danse des sept voiles, qu'elle avait amorcée en quelques gestes orientalisants kitsch et des gamineries sous la table ! Belle idée, forte, cathartique peut-être, qui en devient émouvante et tourne le dos à la tradition souvent ridicule des voiles.
Quant à Jochanaan, il a abandonné ses hardes misérables pour ressembler à tout homme et insaisissable, il est une sorte d'incarnation de la conscience des tares de chacun. Fusils, mitraillettes, look mafieux, palais décrépi criblé de traces de guerre : rien de neuf là-dedans, si l'on excepte le festin d'Hérode transformé en dernière "Cène" (ils sont treize à table) mais si Joosten ne dose pas toujours finement la logique de sa mise en scène, rien n'y est gratuit (à peu de chose près), soutenu par une direction très précise d'acteurs-chanteurs (Salomé tout comme Hérode se grattant comme pour effacer la faute) et par des images fortes dont le sang du prophète qui colonise la nappe blanche... (décors de Martin Zehetgruber, très belles lumières de Martin Voss).
Et dans cette perspective, Chris Merritt (Hérode) et Doris Soffel (Hérodias) emportent la palme, aussi solides vocalement que scéniquement, libidineux, roublards, parfois drôles. Il faut voir le tétrarque déballer ses bijoux pour détourner le cours de la folie de Salomé, puis s'en pavaner... Malgré l'annonce d'une bronchite, le baryton Scott Hendricks assume un prophète d'une belle puissance, tramé d'humaine ambiguïté. Toute la distribution mérite des éloges et en particulier le Narraboth de Gordon Gietz.
Reste le cas Salomé, prise de rôle de la soprano Amanda Echalaz. Ses aigus impressionnent, pleins, acérés et brillants tout à la fois, mais le médium s'éteint trop vite et, sculpturale, elle peine à imposer la sensualité et la transformation de la jeune fille. Il est vrai que la direction de Carlo Rizzi ne lui facilite pas la tâche, en dépit d'un bon orchestre. Strauss ne ménage pas les cuivres, les bois aigus, mais sous l'éclat coloré, nuancé de sa partition, couvent l'envoûtement du venin des arabesques sensuelles, la béance de l'éros-thanatos. Et cela, nous ne les avons guère entendus dans cette interprétation travaillée, mais très clinquante et trop froide.
MICHÈLE FRICHE
(par S. M. - édition du 01/02/2012)
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