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Aton & Armide joue Morton Feldman
L'avis du Soir
 (Avis de la rédaction)
On l'a remarquée il y a deux ans aux Midis-Minimes dans une intégrale des Vingt regards de l'enfant Jésus de Messiaen. Elle y revient ce vendredi 24 août avec l'ensemble Aton & Armide : la mezzo Els Mondelaers, Varoujan Doneyan, Benjamin Glorieux et Tom De Cock pour un concert consacré au compositeur américain Morton Feldman. Deux expériences qui dénotent d'un goût évident pour le répertoire contemporain. "Oui, certes, mais comme pour toute autre musique, commente-t-elle. Je suis amoureuse de toutes les musiques et mon répertoire évolue au rythme de mes rencontres avec d'autres musiciens."
L'idée de consacrer un concert à Morton Feldman est due au directeur artistique du festival, Bernard Mouton. "Sa suggestion a fait mouche car nous avions envie de nous y intéresser. Le concert regroupera des oeuvres de chambre assez courtes. Sous l'inspiration de John Cage, Feldman a pratiqué l'aléatoire c'est-à-dire qu'il abandonne à l'interprète certains choix, notamment quant à la durée et la vitesse d'exécution, avec pour effet que la longueur d'une exécution peut varier du simple ou double. Mais, dans ces oeuvres-ci, on oscille entre 3 et 6 minutes, pas plus." Rien à voir donc avec son quatuor à cordes qui durait plus de six heures lors de sa création !
Sara Picavet explique la longueur de nombreuses exécutions. "Généralement, les interprètes privilégient des mouvements fort lents qui rendent justice à la dimension méditative de cette musique. Mais dans ses pièces postérieures à 1960, Feldman s'est résolu à écrire l'aléatoire car il était fâché des libertés excessives de ses interprètes. Ainsi son étude pour piano seul, est-elle strictement écrite avec une précision extrême qui va jusqu'à demander des quarts de soupir !" La démarche n'est pas nouvelle : en son temps, Rossini s'est lui aussi mis à écrire les ornements de ses airs de bel canto car il ne supportait plus les extravagances auxquelles se livraient certains chanteurs.
Comment gère-t-on l'aléatoire ? Les choix sont-ils préparés en répétitions ou bien résultent-ils du moment présent en cours d'exécution. "Plutôt la seconde solution car c'est une musique où l'on va sans cesse à la rencontre de l'autre. Cela exige une très grande concentration avec pour effet que l'interprète est complètement enfoui dans sa démarche d'écoute et de réaction. Feldman ne dit-il pas lui-même que les notes proposées servent à remplir des silences ? Aux interprètes alors de les occuper comme bon leur semble."
Une rencontre à ne pas manquer : ce n'est pas tous les jours que la musique classique vous invite à découvrir des ovnis musicaux.
SERGE MARTIN
(édition du 15/08/2012)
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