Igor Gehenot, on le connaît bien dans le monde du jazz. Toujours à l'affût d'une jam qu'il anime avec un dynamisme et un enthousiasme incomparable, swinguant avec talent et une certaine effronterie sur les standards, le jeune Liégeois parcourt les festivals, empoche un Prix Sabam, joue en résidence au Sounds, à Ixelles, deux mardis par mois. On connaissait sa volonté, sa maîtrise, sa folie, on l'applaudissait pour cela. Mais voilà qu'il nous sort un album, "Road Story", totalement maîtrisé, d'une maturité imposante, rien qu'avec des compositions personnelles. A 23 ans, ça craint ! Le chien fou prend de l'allure.
"Ce sont des compositions que j'ai écrites depuis trois-quatre ans, nous répond-il par téléphone de Paris. Elles ont pris un peu de maturité avec tout ce temps. On a pu rôder le répertoire au Sounds deux fois par mois, au Sounds, avec le même groupe. Tout évolue, tout prend de la force, de la densité."
Road Story sort chez Igloo. Dix morceaux. Du hard bop avec "Mister Mogoo" ou "Rude Awakening", du groove avec "A long distance call to JC", du romantisme avec "Nuits d'hiver" ou "Green Valley". Un album éclectique mais qui conserve une unité. "Je voulais garder un fil conducteur à travers tout le CD. Et ce fil, pour moi, c'est un certain sens du lyrisme, une certaine rythmique et le point commun de l'émotion."
La filiation lointaine du travail d'Igor Gehenot, c'est Bill Evans, le maître du trio des années 1950. Ou, plus proche, le lyrique Brad Mehldau. Mais encore ? "J'adore aussi les pianistes du label ECM comme Marcin Wacilewski. Ce sont des pianistes qui m'inspirent qui m'inspirent énormément, qui ont quelque chose de nouveau, très moderne. Et moi je fais du jazz plus binaire et les gens s'y retrouvent un peu plus là-dedans." L'album est en effet à la fois très riche et facikle à écouter. "Voilà !", ponctue-t-il.
Le deux complices d'Igor Gehenot prennent un place primordiale. Dans un trio, tout le monde compte. Samuel Gerstmans avec une sonorité très jazz rock, Teun Verbruggen avec une palette de couleurs assez éloignée du rock, plus proche du jazz expérimental à la Christian Mendoza, pour parler jazz belge, mais adepte de l'art du trio avec Jef Neve et Ruben Samama. "Sam, ça fait plus de deux ans qu'on joue ensemble. Je l'avais vu en concert, j'ai été le trouver : il a accepté de jouer avec moi. Teun, c'est l'année passée, après une jam à Dinant, où une magie avait opéré directement entre lui et moi, que je l'ai invité." Si c'est Igor qui compose, le bassiste et le batteur jouent-ils un rôle dans la concrétisation des compos ? "J'écris souvent chez moi, répond Igor. J'y passe beaucoup de temps et je sais comment ça va sonner avant même de le jouer. Mais le batteur et le bassiste apportent à chaque fois des petits trucs qui leur sont propres et que je ne veux certainement pas enlever."
Trois personnalités différentes, trois palettes différentes. Ca peut paraître hétérogène sur papier et ce ne l'est pas du tout, au contraire cette diversité de talents fournit beaucoup de couleurs et de caractère à l'album. "C'est vraiment ça. Sur papier, en effet, Sam et Teun ne sont pas dans le même style. Mais il y a un truc qui s'est passé, qui a créé cette homogénéité du trio. Sam a beaucoup écouté les CD de Teun et ils se sont trouvés malgré leurs parcours différents et ça s'est super."
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