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Jazz Middelheim
L'avis du Soir
  (Avis de la rédaction)

Avec le Middelheim se termine le marathon des festivals belges de jazz. On vous a présenté celui de Comblain-la-Tour, le Jazz Gent, le Brosella, les Leffe Jazz Nights, le Gouvy Jazz & Blues, le Gaume Jazz, le Festival d'art de Huy. Ne reste plus que le Jazz Middelheim. Et puis les nuits blanches de la note bleue s'estomperont en plein air pour renaître dans les clubs. Mais, comme on dit, voici the last but not the least.
Le Jazz Middelheim a deux atouts primordiaux : une affiche toujours incroyable et un cadre, le parc Den Brandt, toujours aussi idyllique. Il a été créé en 1969 par Elias Gistelinck, producteur à la BRT (l'actuelle VRT) et père de David Linx. 43 ans d'existence mais 31 édition : le festival a été biennal de 1983 à 2008. Il y a des festivals où on ne sait où donner de la tête. Au Middelheim, pas question. Tout se fait sur l'unique scène et les amateurs ne doivent pas choisir entre l'un ou l'autre artiste. Quatre jours et 14 groupes.

NOS COUPS DE COEUR
- John Zorn (jeudi). Le festival devait accueillir le concert d'Ornette Coleman, 82 ans, un musicien qui avait révolutionné le monde du jazz en 1959, avec son album "The shape of jazz to come". Mais Coleman est malade. Il est remplacé par John Zorn. Un saxophoniste révolutionnaire à la place d'un saxophoniste révolutionnaire : le public ne perd rien au change.
- Stefano Bollani et Hamilton de Holanda (vendredi). Un pianiste plus un joueur de bandolim, une sorte de mandoline à fond plat, typique du Brésil. Bollani a travaillé avec Chick Corea (de sublimes duos), de Holanda avec Ivan Lins. A deux, ils produisent une musique jazz teintée de choro, de samba, même de rock et de classique. Avec de la joie, de la couleur, de l'ironie, et des improvisations formidables, entre poésie et vigueur.
- Toots Thielemans (vendredi). A 90 ans, il reste un maître de l'émotion : ses solos en soulèvent des nappes. Rien que pour eux, déjà...
- Zara McFarlane (samedi). Une nouvelle venue sur la scène britannique. Zara McFarlane a 29 ans et une voix forte et fragile à la fois. Son premier album, Until Tomorrow, comprend des compos personnelles et des standards, façon jazz classique. Mais elle peut davantage avec sa voix soul et ses influences Motown, Erykah Badu, Dianne Reeves ou Cassandra Wilson.
- Paolo Conte (samedi). 75 ans au compteur mais toujours de la jeunesse, du punch, de l'art. La voix grave à la Tom Waits, le phrasé jazzy, les chansons nostalgiques, l'italien, tout cela emporte l'adhésion. Suffit d'écouter "Max" ou "Via con me (It's wonderful)" pour être bien.
- Jef Neve (dimanche). L'enfant terrible du piano belge multiplie les projets. Il écrit des concertos, il joue en trio, en duo, en solo. Son nouveau projet, qu'il présente à Anvers, s'appelle Sons of the new world. Ambitieux. Ses compositions, inspirées par le drame du Pukkelpop, la catastrophe de Fukushima, le changement climatique ou le Printemps arabe. Et un groupe de huit musiciens, avec cinq instruments à vent. On est impatient de l'entendre.
- Avishai Cohen (dimanche). Avishai Cohen est israélien, il a 42 ans. Il est devenu en quelques années un des contrebassistes les plus appréciés du monde du jazz. Et pas seulement : ses concerts sont suivis par un public qui n'est pas fait que de fans de jazz. C'est une force qui lui vient sans doute de ses racines : sa mère lui a appris la culture séfarade et méditerranéenne alors que son père lui enseignait le patrimoine juif d'Europe de l'est. Et comme il a émigré à New York dès 1992, à 22 ans, il s'est imprégné comme une éponge de jazz, de musique afro caribéenne, de rythmes latinos et même de pop : pour survivre il a dû travailler dans la construction et jouer dans la rue et dans le métro. Ça forme ! Ce sont toutes ces influences qui ont fait de lui cette sorte de lien entre les musiques de l'ouest et de l'est. "Pour être honnête, je n'ai jamais voulu l'être", dit-il. D'accord. Mais il l'admet, il s'est toujours intéressé aux différents genres musicaux, du rock au funk. C'est peut-être cette attitude mosaïque qui a plu à Chick Corea et Brad Mehldau, avec qui il a travaillé. Et son art de la contrebasse évidemment. Cette façon énergique, parfois même brutale, de frapper les cordes, cette fluidité, cette habileté dans la main gauche, ce style personnel qui en fait un des bassistes les plus reconnaissables du jazz d'aujourd'hui.

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

 
(édition du 15/08/2012)
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