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Le groupe
Critique du Soir
L'affiche du spectacle - une agrafeuse posée sur une petite flaque de sang - annonce la couleur. "Le Groupe", comédie grinçante de Dominique Bréda, éclabousse le monde du travail d'une critique saignante, férocement drôle et drôlement cynique.
Dans un petit service insignifiant noyé dans un recoin d'une gigantesque entreprise pharmaceutique, Caroline, Bernard, Marie et Isabelle nourrissent des rapports aussi aiguisés qu'une broyeuse à papier dans une atmosphère plus pesante qu'un presse-papier. Pour apaiser la situation, la firme a fait appel à un "coach", Philippe, spécialiste de la gestion des conflits. Dans un décor de fardes et de graphiques pseudo économiques, on assiste à la première réunion de ce groupe, forcé de réapprendre à coopérer sous peine de se faire renvoyer. Evidemment, les jeux de rôles et autres exercices de communication vont faire plus d'étincelles qu'une agrafeuse furieuse. Mais bientôt les armes se font plus sérieuses que les perforeuses et autres fournitures de bureau. Dans le sac à main d'Isabelle, il y a un révolver. Fatiguée d'être la cruche de service, n'attirant pas plus l'attention qu'une plante verte, elle tente un acte désespéré : la prise d'otages. Forcément foireuse, cette tentative va être néanmoins porteuse d'une ribambelle de quiproquos hilarants, amenant paradoxalement notre groupe à se souder.
La plume et la mise en scène de Dominique Bréda, d'une ironie acérée, est à double tranchant, son regard sur le monde du travail évoquant insensiblement les drames de l'actualité - on pense à France Télécom évidemment - tout en nous plongeant dans un microcosme drôle et attachant. Les comédiens sont pour beaucoup aussi dans l'humeur contagieuse de cette comédie. Julie Duroisin, dont on vous a déjà dit beaucoup de bien, nous fait une nouvelle fois hurler de rire dans le rôle d'Isabelle, vieille fille bigleuse et éternellement invisible, aussi habile que Soeur Emmanuelle dans l'art de la prise d'otages. Anna Cervinka est tout aussi désopilante en collègue autiste et teigneuse. Le reste de la distribution est du même acabit, tout à l'honneur d'une troupe qui porte d'ailleurs bien son nom de collectif de l'Os à Moelle : coriace et moelleux.
CATHERINE MAKEREEL
(édition du 20/03/2013)
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