Il a du culot ce Panach' Club : entraîner le spectateur durant une heure sur le thème du "rien", voilà qui est gonflé. C'est bien cela, gonflé, et même copieusement empli, bouffi d'absurde, enflé d'un humour burlesque que n'auraient renié ni les Marx Brothers ni les Deschiens.
Depuis "A la recherche du sens de la vie perdu", on savait cette bande de fous joyeux (neuf à l'écriture et sur scène) prompte à se chatouiller le ciboulot sur des questions existentielles avec un imaginaire effervescent et complètement foldingue. Voilà qu'ils remettent ça avec cette sorte de "En attendant Godot" version Monty Pythons.
Sur la scène, dix chaises en rang d'oignons, bientôt le siège d'une file d'attente, tournant aux divagations les plus surréalistes. Un à un déboulent des personnages hyper typés, du fonctionnaire grincheux à la timide maladive, du pervers collant à la mécano bourrue. Tous munis d'un ticket (pour on ne sait où), ils attendent (on ne sait quoi) et rivalisent de stratégies pour grappiller une place dans un manège hyper rythmé. Et muet !
Spectacle entièrement sans paroles (mis à part quelques rugissements, dont un orgasme spectaculaire), "Nothing" est bourré de sous-textes, dans un ballet poilant qui dit beaucoup sur la condition humaine, ses angoisses, son égoïsme, sa bêtise ou sa grandeur. Mise en scène par le fidèle Eric De Staercke, la pièce est d'une inventivité visuelle étonnante, et minutieusement millimétrée.
Dans des cascades à la Buster Keaton ou dans des mêlées savamment chorégraphiées, dans des duos intimes ou des mouvements d'ensemble à vous donner le mal de mer, la troupe vous prend par surprise à chaque tournant. Vous y croiserez des carottes baladeuses qui ont le sens du rythme, des luttes humaines dignes de la tauromachie, un couple en rut qui finit par roucouler dans des gobelets, d'oniriques poupées mécaniques ou un cadavre sacrément malmené.
Vous voilà prévenus, il faut un certain goût de l'absurde pour apprécier l'épopée. Le comique de répétition fonctionne ici à fond avec des idées toutes simples, éperonnées par une complicité étonnante. Coincés avec eux dans cette salle d'attente mystérieuse, on ne voit pourtant pas le temps passer. Le Panach' Club fait de ce no man's land un nomade's land, de ce trou noir un sommet brillant, un sas sensas !
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