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Diotime et les lions
Critique du Soir
L'écrivain belge Henri Bauchau sera bientôt centenaire. Mais sur la scène des Riches-Claires, sa plume galope comme une lionne, bondissant avec une vigueur adolescente, pour conter l'histoire de "Diotime", jeune femme à la féminité sauvage, chasseresse éprise de liberté, qui défie les hommes et les traditions comme elle terrasse les fauves.
C'est d'abord dans son chef d'oeuvre "oedipe sur la route" que Bauchau a dessiné les traits de Diotime, guide pleine de sagesse pour oedipe et Antigone. Dans "Diotime et les lions", l'auteur s'attarde sur l'adolescence de cette fille, issue d'un clan appartenant à une lignée perse dont les plus lointains ancêtres étaient des lions. Chaque année, lors d'un rituel sacré, les hommes du clan livrent combat au roi des animaux. De nature indomptée elle-même, Diotime convainc un jour son grand-père Cambyse, chef de la tribu, de livrer bataille contre le lion. Mais aucune femme n'a jamais participé à cette fête sacrée.
C'est ce récit initiatique, ce tiraillement entre sa nature sauvage et la tradition, et plus tard, la découverte de l'amour avec un homme aux coutumes étrangères, que raconte la fable de Bauchau, portée sur scène par Stéphanie Van Vyve. Loin de jouer les tragédiennes, la comédienne porte le texte avec une ferveur dépouillée, une fièvre sans artifices. Sur un plateau nu, excepté un carré de sable bientôt transformé en terrain de lutte féline, les lumières rythment merveilleusement ce récit d'aventures et d'amour, et la comédienne nous captive d'un bout à l'autre du bref récit.
Tout cela suffisait amplement à raconter le parcours de cette femme qui dépasse sa condition et les règles imposées par l'honneur et les anciens. On a donc trouvé superflues et forcées les fugaces tentatives d'Ozan Aksoyek, danseur muet censé incarner la part sauvage du personnage, ses luttes intérieures et ses élans. Malgré tout, la langue de Henri Bauchau nous garde en selle dans une chevauchée limpide comme une gazelle.
CATHERINE MAKEREEL
(par W.M. - édition du 23/11/2011)
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