Votes du public
Voter pour cet évènement :
En partenariat avec NetEvents.be
Les pères
Critique du Soir
Plus tendres que Soupline et plus musclés que Zorro, ces mecs qui changent un lange comme une tête de delco, qui font de la muscu en dépliant les poussettes et la salsa du biberon pour mélanger les dosettes." Quelle meilleure description du père que ces paroles d'une nouvelle chanson de Claude Semal, aujourd'hui père d'un petit garçon de quatre ans ? C'est que notre époque accouche de solides mutations quant à l'image paternelle, loin du patriarche taiseux, incarnation intouchable de l'autorité suprême. Du père d'aujourd'hui, on peut dire qu'il se mouille (au sens propre, enfin, sale, malgré les progrès des couches bioniques). Fièrement harnaché à son porte-bébé kangourou, il chauffe le biberon, dégaine les lingettes, et conduit le petit à la crèche.
L'explosion du congé de paternité, le déclin des mères au foyer, l'émergence des pères solos, des gardes alternées plus égalitaires : ces métamorphoses en déboussolent certains, tiraillés entre un modèle traditionnel, défendu par les croisades virilisatrices de phallocrates comme Eric Zemmour, et un modèle moderne, secoué par l'émancipation de la femme. Conséquence, les librairies débordent de littérature dédiée au "nouveau père" alors même qu'entre hommes, le sujet reste difficile à aborder. Le théâtre libère aujourd'hui cette parole avec "Les pères", une pièce de Julie Annen qui rassemble les témoignages de pères du monde entier. Sur le modèle des "Monologues du vagin", la metteuse en scène a réuni trois comédiens qui, tour à tour, balancent leurs histoires, anecdotiques ou poignantes, dans un tableau sans concession de l'homme.
Sans rien effacer des lâchetés et des égoïsmes dont sont capables les pères (comme les mères d'ailleurs), la pièce tisse aussi des moments de tendresse absolue. Il y a le père trop jeune, abdiquant. Cet autre, plus vieux, mais non moins capable d'abandon. Il y a ce père orphelin d'un fils, cet autre, père d'un bébé qui n'est pas le sien. Père de nourrisson ou d'ado, aimant ou blessé, angoissé ou pétri de fierté. Dans des styles très différents et avec beaucoup d'humour et de sensibilité, Achille Ridolfi, Daniel Marcelin et Anton Tarradellas racontent les premiers pyjamas à l'odeur sucrée, les incompréhensibles humeurs adolescentes, la détresse derrière la carapace dans les moments difficiles. Seul bémol : on a parfois l'impression d'un catalogue de situations, lacrymales (maladie, accident, handicap, etc.) A ces passages prévisibles, on préfère les petits détails cocasses dans les interstices de la vie quotidienne, au détour de minis doigts potelés, d'un mot banal qui remplit de joie, d'une gifle bien méritée, d'une angoisse irrationnelle. Des gestes, des regards qui paraissent anodins mais renferment à double tour des moments précieux, des souvenirs inoubliables pour ces hommes devenus père sans que leur échappe le moindre cri de douleur, comme une sourde explosion qu'il fait bon libérer ici.
CATHERINE MAKEREEL
(par W.M. - édition du 14/11/2012)
Votre avis
|
|