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Le roi Lear
Critique du Soir
  (Avis de la rédaction)

Les couronnes rendent aveugle. La folie ouvre les coeurs. C'est une des conclusions de ce "Roi Lear", tragédie complexe de Shakespeare, aujourd'hui mise en scène par Lorent Wanson avec un souffle élégant, loin du pathos. On est immédiatement aspiré par cet écheveau de passions, figuré par un énorme tunnel de cordes rouges, entre prison et fils du destin. C'est la belle trouvaille de Daniel Lesage qui fait évoluer son décor avec l'intrigue : les piliers de cette toile d'araignée s'affaissent en même temps que Lear sombre dans la folie, les cordes s'amoncèlent en un magma pourpre quand le Roi et Cordelia se réconcilient dans la mort.

Difficile de résumer cette tragédie aux multiples ramifications. Le Roi Lear renonce à son trône pour léguer son royaume à ses trois filles en échange d'un témoignage d'amour. Prêtes à tout, deux de ses filles rivalisent de compliments pour hériter de leur part des terres. La troisième, Cordelia, ouvre son coeur mais son honnêteté fâche son père qui la répudie. Le vieux Roi Lear hébergé par ses deux héritières découvre vite leur vraie nature. Repoussé dans la lande, il sombre dans la folie. En parallèle, Edmond, le fils bâtard de Gloucester ajoute son grain de sel et manipule son père pour prendre la place de son demi-frère légitime, Edgar. Trahi par son fils, Gloucester aura les yeux crevés par l'une des filles du Roi. Tout comme Lear retrouve un peu de lucidité dans la folie, Gloucester voit clair sur ses fils après être devenu aveugle. Bataille, empoisonnement, traîtrise : la pièce finit dans un bain de sang, même si aucune goutte n'est versée sur le plateau.

C'est la force de cette mise en scène qui n'insiste pas sur le sanglant des actions mais plutôt sur la portée morale du texte. Seul bémol, les chansons d'époque n'accrochent guère même si elles sont bien accompagnées au clavecin. Jean-Marie Pétiniot compose un Roi Lear parfaitement contrasté, entre la posture hargneuse du souverain du début et la folie désillusionnée de la fin. A ses côtés, Philippe Jeusette incarne un Kent à la fois bravache et fidèle, noble modèle du chevalier. Mention aussi pour Benoit Randaxhe et Yvain Juillard, l'un savoureusement cynique en Edmond et l'autre impressionnant de démence en Edgar rejeté de tous. Le reste des comédiens porte avec brio cette pièce sur le pouvoir, l'amour et la loyauté.

CATHERINE MAKEREEL
 
(par W.M. - édition du 29/02/2012)
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