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Les 39 marches
Critique du Soir
Avec Le Tour du Monde en 80 jours en début de saison au Parc, on avait déjà eu un aperçu des dispositions globe trotteuses du théâtre. Observation confirmée aujourd'hui avec Les 39 marches au Public, qui vous fait voyager de Londres à Edimbourg, galoper en train, avion ou parachute, et sillonner une centaine de personnages, sans quitter la petite salle des voûtes, avec seulement quatre comédiens et quelques malles.
C'est l'audacieux défi relevé par Olivier Massart, qui adapte le roman d'espionnage de John Buchan, surtout connu pour sa version cinématographique réalisée par Alfred Hitchcock. Le metteur en scène brasse tous les genres : son héros, Richard Hannay (Michelangelo Marchese, maniant le sourcil comme personne), oscille entre le flegme de James Bond et le cynisme délirant du OSS117 de Jean Dujardin. Ses poursuivants - espions ou détectives - ont plutôt la dégaine grotesque des Dupont et Dupond. Et ses femmes fatales empruntent aussi bien à Heidi qu'à Marilyn (Joséphine de Renesse, pleine de souplesse). Ce qu'on savoure avant tout, c'est le rythme fou et l'inventivité avec laquelle avance le polar, à l'intrigue connue : Au cours d'un étrange spectacle, Richard Hannay rencontre une jeune femme qui prétend être poursuivie. Il accepte de la cacher chez lui, où on l'assassine. Craignant d'être accusé, il comprend qu'il ne pourra prouver son innocence que s'il s'implique dans une intrigue d'espionnage. Il n'a que deux indices, une phrase qu'elle lui a dite, "les 39 marches", et le nom d'un lieu en Écosse
Pour nous faire voyager à travers le Royaume-Uni, au fil de rocambolesques aventures policières et amoureuses, la pièce fait feu de tout bois : un théâtre d'ombres évoquant les courses-poursuites dans la lande écossaise, ou encore une locomotive miniature et des comédiens mimant le roulis du train pour illustrer les péripéties sur les rails. Mais aussi deux comédiens (Gaétan Lejeune et Marc Weiss) changeant inlassablement de costumes pour incarner des dizaines de personnages (laitier, vendeur de journaux, tenanciers d'auberge) et autant de décors (troupeaux de moutons, buissons d'aubépine ou crevasses rocheuses, on vous laisse imaginer comment).
Empruntant à l'humour "slapstick", ces deux comédiens mouillent leur chemise dans des numéros burlesques, l'accumulation s'avérant un tantinet saoulante : comique de répétition à grosse louche, overdose d'accent belge, jeu criard et gags faciles, ce n'est pas la partie que nous avons préférée.
Nous avons tout de même largement savouré ces deux heures ultra-divertissantes, beau pied de nez à la prétendue suprématie du grand écran pour représenter les épopées et l'aventure.
CATHERINE MAKEREEL
(par W.M. - édition du 21/03/2012)
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