Dominique Bréda défiait déjà les foudres divines avec son "Purgatoire", dans lequel on riait à se damner. Mais là, il s'assure directement un billet pour l'enfer éternel avec "Délivre-nous du mal", comédie profane à souhait. Attention : réservez déjà le confessionnal pour vous absoudre de ce péché si délicieux et avouer avoir autant gloussé sur ces hommes et femmes en pleine crise de foi.
On retrouve la même équipe de choc qui a fait les succès précédents de Dominique Bréda ("Emma", "Le Groupe"), dont Julie Duroisin ou encore Jean-François Breuer. Comme toujours, le décor est sommaire - un prie-dieu, un pupitre, un semblant d'orgue - mais le jeu des comédiens compense mille fois dans des saynètes à mourir de rire. Un prêtre qui ne supporte plus de voir son église vide, dimanche après dimanche, noie son chagrin dans le vin de messe, et prend soudain la décision de raccrocher le tablier (enfin, la soutane). Soudain, Dieu lui-même intervient, avec un fort accent canadien, pour aiguiller notre abbé. Requinqué pour un temps, le curé va se mettre en tête d'organiser une méga messe et prouver qu'il y a autre chose dans l'église que "des faux culs, des homophobes et des pédophiles." Avec l'aide de son entourage - une organiste secrètement amoureuse de lui, un sacristain un peu niais, une nonne flanquée d'une autre nonne, véritable chien de garde venu de l'est - il va tenter de faire revivre son église désertée. Sa drôle de bande va se mettre à distribuer des tracts avec plus ou moins de tact, imaginer une messe techno avec DJs, parler de Star Wars dans les sermons, et composer une chorale explosive, à faire crever de jalousie Whoopy Goldberg dans Sister Act.
Mise en scène par Catherine Decrolier, la pièce file à toute allure, grâce à des comédiens hilarants, bien servis par des répliques imparables. Il faut voir Soeur Agnès analyser la situation de l'église, et "son problème de com'" quand les big boss "cassent du pédé à la télé." Et puis, ajoute-t-elle, "aujourd'hui, si tu ne fais pas dans le mp3 ou le fairtrade, t'es mal foutu !" Le célibat des prêtres, la contraception, les grandes questions affleurent au milieu d'une franche rigolade, rythmés par des Hallelujah de Leonard Cohen ou Dr Alban remixés à l'orgue. Qu'il est doux de pécher dans ces conditions !
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