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Combat avec l'ombre
Critique du Soir
 (Avis de la rédaction)
Sur scène, un cadre de bois, un cercle de métal et, dans le fond, un écran géant. Sur lequel sont projetés des détails, infimes, des deux jeunes comédiens. Dès les premiers mots de ce Combat avec l'ombre, Emmanuel Gaillard, issu de l'Ecole Supérieure des Arts du Cirque à Bruxelles, et Jérémie Siska, sorti du Conservatoire Royal de Mons, se font face.
D'emblée, le contraste se fait entre la logorrhée du premier (le "narrateur") et la force tranquille du second (Stéphane). Ensemble, ils grimpent. Stéphane est le plus fort. Il n'a pas peur du vide, trouve toujours une prise. Mais il craint l'eau. Entre eux, il y a quelque chose qu'ils hésitent à appeler amour. Qu'ils ne nomment pas en tous cas. Mais "Si j'étais un homme et qu'il était une femme", dit plusieurs fois le narrateur, marié et père... Plus tard, la guerre les sépare, de la plus atroce des façons. Alors le narrateur veut savoir, et rencontre Shadow, l'officier nazi.
Sur scène, ils ne sont toujours que deux. Mais c'est désormais l'ombre d'un amour qui fait face à l'ombre d'une honte. Le texte, une adaptation par Frédéric Dussenne du Boulevard Périphérique d'Henry Bauchau, 99 ans depuis quelques jours, résonne. La sobriété de la mise en scène, la vigueur des comédiens, leur candeur, le portent haut. Le silence importe aussi. Le metteur en scène, qui connaît bien l'auteur (il a déjà créé oedipe sur la route, en 1999, et c'est Bauchau lui-même qui lui a suggéré le titre de cette pièce) l'a bien compris. Pas un bruit donc, pas un son, ou presque, pendant que les mots s'écoulent. Juste un chant, revigorant, à l'issue du combat. Libérateur comme un cri d'amour qui porte enfin son nom.
ADRIENNE NIZET
(par W.M. - édition du 08/02/2012)
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