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Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas
Critique du Soir
Quel héritage laisserons-nous à nos enfants ? Comment espérer que le monde leur soit plus doux ? En 1994, Isabelle Pousseur s'interrogeait déjà sur ces graines d'espoir avec "A ceux qui naîtront après nous". "Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas" pourrait être le versant sombre de la question. Que laisser à nos enfants ? Rien, car ils ne viendront pas, répond Imre Kertész. Face à la violence du monde, l'auteur hongrois prononce le kaddish (la prière des morts de la religion juive) pour l'enfant auquel il n'a jamais voulu donner naissance. Un terrifiant point de vue qui mène au vertige.
En solo, Paul Camus narre ce texte magistral, où un homme lutte avec le souvenir d'Auschwitz. À la fois dans l'avenir, il oppose les souffrances du passé, se refusant à toute perspective, à toute paternité. La progression du discours est irréfutable, émouvante, lancinante, et le phrasé net de Camus claque comme un fouet.
Visuellement, par contre, armez-vous de patience. Malgré l'intense travail de la gestuelle (c'est comme si l'acteur dessinait dans l'air), du regard sombre, du rythme et de la scansion, le spectacle est assez statique.
Le trouble est ailleurs : dans les mots qui nous secouent, faisant tomber une à une les certitudes dont notre monde aime tant se gargariser. Redoutable.
LAURENT ANCION
(édition du 22/02/2012)
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