Rarement a-t-on accompli un décor aussi parfaitement en symbiose avec la pièce qu'il emballe. On ne peut évidemment pas révéler l'effet (boeuf) que celui-ci dégage, au risque de vous gâcher l'effet justement. Disons juste qu'il participe, plus encore que le texte et les comédiens, à vous déstabiliser. Et même à vous faire perdre la tête ! Chapeau donc à Lionel Lesire.
Si la folie vous guette dans "Qui est Mr Schmitt ?" de Sébastien Thiéry, c'est aussi par son engrenage absurde, kafkaïen : Mr et Mme Bélier dînent paisiblement dans leur salle à manger quand retentit la sonnerie du téléphone. Le hic, c'est que le couple n'est pas abonné au téléphone. A l'autre bout du fil, on demande à parler avec Mr Schmitt. Mr et Mme Bélier découvre alors que la décoration de leur appartement a changé, que les livres et les habits dans les armoires ne sont pas les leurs. On observe le couple douter de sa propre identité, et s'empêtrer dans les hypothèses, à mesure que viennent les interroger un policier et un psychiatre.
Cela aurait pu être une angoissante intrigue hitchcockienne mais, sous la direction de Bernard Cognaux, et dans le jeu de Marie-Paule Kumps et Alain Leempoel (notre couple déboussolé), les répliques tirent plutôt vers le vaudeville, avec quelques coups de théâtre de taille. La mécanique met quelques temps à vrombir, avec un début assez mou, mais le reste nous entraîne dans une expérience savoureuse, Henri Schmitt (ou Jean-Claude Bélier, on ne sait plus bien) se débattant avec sa propre existence, alors que son épouse se distancie elle -même de sa réalité à lui. On se laisse prendre au jeu, on savoure les critiques en filigranes d'une routine qui bouffe un homme à petit feu, et on adore, on l'a dit, un décor qui avance masqué mais irrésistible.
CATHERINE MAKEREEL
(par W.M. - édition du 29/02/2012)