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Dom Juan
Critique du Soir
 (Avis de la rédaction)
Finalement, une pièce de théâtre, c'est comme un match de tennis. Tant que ce n'est pas fini, ce n'est pas gagné. Cette malheureuse métaphore sportive nous est venue, dimanche soir, à l'issue de la représentation de Dom Juan, à la Citadelle de Namur. Après deux premiers actes enjoués (on y reviendra) et un entracte chaleureux, le troisième acte, "futuriste", semblait sorti de nulle part. Loin de l'ambiance bon enfant des deux premiers (joués en plein air, à la grâce de la météo), le public se trouve tout à coup, après une transition flippante, plongé dans un univers aseptisé, avec un Dom Juan flambeur plus que séducteur - et donc vain -, et des effets de mise en scène artificiels. Quel dommage !
L'adaptation du classique de Molière par Jacques Neefs, un habitué du théâtre en plein air (Sambre), était pourtant jusque-là une belle réussite. C'est un bonheur de voir Sganarelle (le valet de Dom Juan) débarquer, furibond, à la taverne "chez Simonette" (où l'attend le public), et s'énerver sur son maître, ce cynique ! C'est un plaisir d'assister aux jeux amoureux des paysans, interprétés avec une bonhomie fantastique par les pétillants Wendy Piette et Nathan Fourquet-Dubart. C'est un ravissement de découvrir les trouvailles de mise en scène, qui se joue habilement des dénivelés et des possibilités visuelles de la Citadelle. Et c'est une joie, enfin, de se laisser charmer par un Dom Juan tout en finesse et en fragilité : Julien Vargas.
Le comédien incarne un séducteur loin des stéréotypes. S'il en a le physique, il n'a pas, a priori, ce côté "mâle", imposant, qui colle à l'image habituelle de Dom Juan. Et Julien Vargas a l'intelligence de ne pas jouer à être ce qu'il n'est pas. Il tient au texte, mais se sert surtout de son regard, d'un sourire, d'un haussement de sourcil, pour séduire. Parfois instable, le jeu est subtil. Et le tombeur peut en outre compter sur un Sganarelle ultra-présent, éclatant, pour lui donner la réplique. Vincent Pagé, autodidacte, est hilarant. On se réjouit d'ailleurs de le découvrir, en décembre au Théâtre de Namur, dans son one-man-show, C'est ma tournée. En journée, le comédien est facteur, d'où le titre...
Bref. Jusque-là, tout allait bien. Et puis est venue l'heure du troisième acte. D'entrer dans le tombeau du commandeur. De chercher, en vain, où était passée l'allégresse des deux premiers actes. La modernité y était déjà présente pourtant, Sganarelle brandissant un smartphone pour immortaliser les conquêtes de son maître. Mais elle n'était alors qu'un clin d'oeil. Suffisamment présent selon nous pour faire passer un propos, et assez délicat néanmoins pour ne pas entacher la légèreté volontaire de Dom Juan. Il l'a perdue avec le changement de siècles. On ne s'explique pas pourquoi.
ADRIENNE NIZET
(par C.Ma. - édition du 11/07/2012)
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