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La Maison du Conte fête sa 10ème saison
Critique du Soir
Si le mot conte évoque pour vous la lecture du Petit Chaperon rouge au coin du feu par votre arrière-grand-tante, vous allez être surpris, ce week-end, en passant la porte de la Maison du Conte de Bruxelles. Car le conte, tel qu'on l'entend là-bas, est autrement plus vivant. "Ces formes n'ont pas disparu, commente Magali Mineur, codirectrice de l'endroit avec Christine Andrien, mais l'art du conteur ne se limite pas à ça."
Au centre belge des littératures orales - c'est son autre nom - il s'adjoint une dimension jouée. "C'est devenu systématique sous l'impulsion d'Hamadi (le fondateur du lieu, en 2001, avec Claudine Aerts, NDLR), poursuit Magali Mineur. On joue à être le personnage de notre histoire. C'est plus dynamique, plus jouissif. C'est comme si, à un moment, on disait à notre public : Attendez, je vais vous montrer ce que je vous raconte ! Un conteur peut ainsi interpréter les 30 personnages de son histoire !"
Outre cette caractéristique qui rapproche son art du seul-en-scène, l'enthousiaste conteuse pointe encore les dimensions collective et éphémère du conte. Et d'argumenter : "C'est un art collectif car on est vraiment dans une relation contée. Cela signifie qu'à tout moment, le public peut intervenir, et que le conteur doit l'entendre. S'il y a intervention, elle peut interférer sur l'histoire. C'est éphémère, ensuite, car même si on arrive toujours avec la même histoire, dans son essence, elle est chaque fois différente. Ce ne sont jamais les mêmes images ni les mêmes questions qui ressortent. Un peu comme lors d'un rendez-vous amoureux."
Ces caractéristiques font du conte un "objet" difficile à classer. Et donc encore souvent jugé "ringard" ou "désuet" par ceux qui ne l'ont plus approché depuis l'enfance. Mais la Maison du Conte, entre autres, oeuvre à la professionnalisation du secteur. En plus de ses prestations contées et de son action dans les écoles, elle a mis en place une formation professionnelle (qui s'étale sur trois ans !). Un projet d'envergure (lire ci-contre) sera également lancé ce week-end, autour de la mémoire et du... récit de vie. Car si la forme du conte a changé, son contenu évolue aussi. Les histoires d'aujourd'hui seront peut-être les contes de demain, à condition d'être rendues universelles. "Bien sûr, confirme Magali Mineur. Nous sommes contemporains. Nous transmettons parfois des paroles vieilles, mais on le fait de toute façon en tant qu'artistes d'aujourd'hui. Le Petit Chaperon rouge est toujours d'actualité car il amène encore des questions différentes ! Ce qu'il faut, c'est transmettre le fond en l'adaptant à qui on est, à l'époque. C'est une trahison nécessaire. De la même façon que lorsque je raconte à ma fille une anecdote que ma mère m'a racontée, j'y mets un peu de moi. Sans ça, la parole ne serait pas vivante."
ADRIENNE NIZET
(édition du 20/06/2012)
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