C'est l'histoire d'un gamin des favelas qui s'est brûlé les ailes en devenant un dieu du stade. Est-ce parce que le foot suscite une ferveur populaire que n'atteindra jamais le théâtre ? Est-ce parce que ses joueurs héroïques, tragiques ou comiques - de Maradona à Ribéry - sont d'incomparables personnages dramatiques ? Ou parce que les stades divertissent le peuple comme le panem et circenses de la Rome antique ? En tout cas, le foot dribble allégrement entre cour et jardin.
A tel point que "Garuma !" se jouera sur des terrains de foot et autres terrains vagues. Ce texte du Hollandais Ad de Bont, mis en scène par Jean-Michel Van Den Eeyden, joue avec le ballon rond dans ce qu'il a de sublime et détestable, dans ce qu'il charrie de rêve et d'illusions, étincelant miroir aux alouettes. Comme ces pièges dont les reflets brillants attiraient les oiseaux à portée des chasseurs, le foot va happer Garuma, gamin des favelas soudain propulsé au rang de star millionnaire.
Garuma est le nom d'un oiseau de mer, porteur d'espoir pour les marins. Mais, les ailes pleines de mazout, ce Garuma-là va s'enliser, jusqu'à une fin tragique. Car, conclut la narratrice, ancienne soeur de misère du garçon : "Tant que vole le Garuma, il y a de l'espoir. Mais s'il commence à ramper dans la boue comme tout le monde, alors, avec quoi allons-nous remplir notre vide ?"
La pièce s'inspire de Manoel Francisco dos Santos, légende du foot brésilien des années 50. L'auteur, réinventant sa vie entre splendeur et décadence, depuis la misère des bidonvilles jusqu'à une vie noyée dans les abîmes de la richesse et de la gloire, bonheurs illusoires, en fait une fable sur notre insatiable besoin d'espoir et de héros.
Pour cristalliser cette espérance, le metteur en scène s'est entouré d'une bande de jeunes comédiens, pour moitié Marocains. "Garuma !" a déjà sillonné le Maroc, de Rabat à Casablanca, précédant chaque représentation d'une parade festive dans les rues, avec percussions, mégaphones et t-shirts brésiliens, pour ameuter le quartier. Le même cortège ouvrira la pièce en Belgique afin de s'ouvrir à tous les publics, à l'image du football. De même, la pièce joue sur une narration simple et une mise en scène aux ressorts bruts, aux artifices terre à terre. "L'objectif est de toucher un public qui n'irait pas forcément au théâtre mais qui sera directement touché par ce spectacle qui investit son quartier. Il touchera surtout les jeunes influencés par ces nouveaux héros hypermédiatisés, que nous consommons puis jetons à l'instant où ils cessent de nous faire rêver."
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