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Marie Tudor
Critique du Soir
C'est avec une boutade qu'Oliver Moerens, responsable du Festival Bruxellons, accueille, sous la pluie, les spectateurs venus braver les nuages pour assister à la première du spectacle de plein air, Marie Tudor : "Nous avons recréé pour vous le climat londonien puisque la pièce se déroule en Angleterre." Les rires fusent et les nuages, intimidés par tant de détermination, finissent par fuir, laissant le public savourer les deux heures et demi de spectacle au sec. On ne peut pas en dire autant des comédiens, dont certains prendront allègrement l'eau dans un ingénieux et aquatique dispositif scénique. Encadrant le plateau, un bassin évoque la Tamise, sur les bords de laquelle se déchaînent les passions.
Sur papier, l'intrigue de "Marie Tudor", drame historique de Victor Hugo, paraît fort sinueuse : Simon Renard, chargé d'organiser le mariage politique de l'Angleterre et de l'Espagne, cherche à écarter Marie Tudor de son favori, Fabiano Fabiani. Ce dernier, séducteur invétéré, ne se contente pas des faveurs de la reine, il courtise également Jane, une jeune fille abandonnée au berceau et recueillie par l'ouvrier ciseleur Gilbert. Coup de théâtre : Jane, qui doit bientôt épouser Gilbert, tombé fou amoureux de sa fille adoptive, est en fait la fille et l'héritière de Lord Talbot, dont les biens ont été légués à la reine qui, par amour, en a fait don à Fabiani. De manigances en coups bas, le fourbe courtisan sombre dans le meurtre, Gilbert et Jane tombant sous la coupe cruelle de la reine.
On pourrait décrire encore cette intrigue tortueuse mais on préfère vous laisser découvrir la fresque romanesque, rendue limpide et déjantée par la mise en scène de Marc Weiss. Il faut voir les costumes baroques de certains personnages dont Fabiani (formidable Sébastien Hébrant): son maquillage pailleté d'or, ses habits de lycra moulant, sa coupe rock'n roll rendent avec humour la décadence du personnage. La sanguinaire Marie Tudor (orageuse Marie-Noëlle Hébrant) n'a rien à lui envier dans ses atours rouge vif et son maquillage torturé.
Masques clownesques, perruques extravagantes, jeu sautillant, riffs sensuels d'une guitare live : l'équipe fait de ce drame historique une épopée échevelée, et drôle, loin du classicisme ronflant qu'on attendait de cette adaptation de Victor Hugo. Si le jeu féminin s'essouffle quelque peu après l'entracte, on en ressort tout de même enchanté par la fantaisie débridée d'une troupe survoltée.
CATHERINE MAKEREEL
(édition du 18/07/2012)
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