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Pylade
Critique du Soir
Fruit de deux ans d'ateliers et de trois ans de répétitions, ce "Pylade", de Pier Paolo Pasolini, prolonge l'Orestie d'Eschyle.
Récapitulons : Oreste a tué sa mère, Clytemnestre, qui elle-même avait tué son mari, Agamemnon, avec la complicité de son amant, Egisthe. A la suite de ce matricide, Oreste quitte Argos, sa ville natale, avec son ami Pylade. Au terme de son errance, il est absous de son crime par le premier tribunal humain établi à Athènes par Athéna. En donnant ainsi le pouvoir aux citoyens, Athéna fonde la première démocratie. C'est là que commence le "Pylade" de Pasolini. Baigné de cet idéal démocratique, Oreste retourne à Argos où il devrait hériter du trône. Mais il entend bien en finir avec la monarchie et les vendettas. Il se heurte à Electre, sa soeur, aveuglée par sa loyauté envers le père défunt, mais aussi bientôt à Pylade, qui préfère épouser la cause du peuple et sera vaincu.
Dans cette confrontation politique et philosophique, trouée d'éclairs lyriques, c'est tout le XXe siècle qui est balayé, avec ce qu'il charrie de communisme et de fascisme, mais aussi la société de consommation que le visionnaire auteur italien effleure avec génie. Comme souvent avec Pasolini, il faut une certaine endurance pour ingurgiter ce "théâtre de la parole", forcément bavard. Mais la pièce récompense nos efforts avec une mise en scène de Lazare Gousseau en prise directe avec le spectateur. Pas de chichis décoratifs mais du théâtre à mains nues, une vingtaine de comédiens en habits ordinaires, trimballant une franchise naïve ou fiévreuse, dans de régulières prises à témoin du public. Si la pièce souffre encore de raideurs, elle regorge aussi de tableaux intenses. Des Euménides aux voix surnaturelles, une Athéna littéralement scintillante, un violon et une guitare électrique pour caresser l'intrigue de notes étranges, ou encore des kilomètres de toile blanche qui se répandent soudain sur un épilogue en clair-obscur : tout cela vous attire, irrésistiblement, dans une cotonneuse étreinte.
CATHERINE MAKEREEL
(édition du 12/09/2012)
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