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Orphéon
Critique du Soir
Ce pourrait être une histoire banale : ils se rencontrent au musée, se plaisent, se séduisent et finissent par s'embrasser fougueusement. Bien sûr, la tragédie guette puisque nous sommes au théâtre. Une histoire d'amour sans surprises ? Pas tout à fait car c'est de deux hommes dont il s'agit. A ces lignes, on parie qu'une bonne partie des lecteurs se demandent s'ils ont vraiment envie de voir deux hommes s'étreindre sans complexes. Il n'y a pourtant pas à hésiter : "Orphéon" de Stanislas Cotton est une vraie belle pièce, tendre, poétique, délicate. A mille lieues de ce que l'on a l'habitude de voir au théâtre quand il s'agit d'homosexualité : soit un style provocateur d'une brutalité manichéenne, soit un festival de grandes folles comiques.
Ici, l'auteur belge et la metteuse en scène Virginie Thirion réussissent à dessiner une histoire tout en douceur, sensible et sensuelle. On pourrait en oublier que ces amoureux sont homos si la fin tragique ne nous ramenait aux drames réguliers que suscite l'homophobie. Même dans le dénouement sanglant, la mise en scène reste d'une pudeur poignante. D'une écriture ciselée, "Orphéon" s'avère d'autant moins démonstratif qu'il ne dépeint pas deux stéréotypes mais deux personnages traversés de doutes, d'engagements, d'idéaux politiques et poétiques. L'un, Orphéon Bilboquet, est écrivain publique, bohème et lunaire. L'autre, Elmer Etcetera, tente et réussit une carrière de politicien. C'est surtout la présence radieuse de Pietro Pizzuti en Orphéon passionné qui illumine la pièce face à un Alexandre Trocki plus contenu, mais tout aussi touchant. Ce personnage d'Orphéon, Stanislas Cotton l'a écrit pour Pietro Pizzuti et ça se voit. Le comédien apporte toute sa gouaille et sa fantaisie à cette histoire d'amour qui finit mal.
Car, hélas, même en Belgique et encore aujourd'hui, les histoires d'amours homosexuelles subissent une lancinante hostilité. On l'oublie grâce au symbole de notre premier ministre et grâce à un arsenal législatif favorable mais l'homophobie tue encore régulièrement, plusieurs fois par an.
CATHERINE MAKEREEL
(édition du 05/09/2012)
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