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La fête sauvage
Critique du Soir
 (Avis de la rédaction)
Avec le temps, on est capable de flairer du Georges Lini à des kilomètres à la ronde. Ce n'est pas une critique, au contraire ! Disons qu'il fait partie de ces metteurs en scène qui, sur les projets les plus personnels, ont une patte, un leit motiv, une addiction aux auteurs québécois et une obsession pour les pièces d'un noir frétillant. Aujourd'hui, l'artiste confirme sa monomanie (féconde) avec "La fête sauvage" de Mathieu Gosselin, pièce étrange qui creuse la mort avec une furieuse survivance, qui noie le désespoir de ses personnages dans une exultation frénétique, sorte de fête morbide où se disputent gravité et frivolité.
Dans un coin de campagne reculé, Martine fête son anniversaire. Elle veut aussi profiter de ce jour pour enterrer les cendres de son fiancé, Franck, qui s'est suicidé deux mois plus tôt. Très vite, les personnages posent le ton, celle d'une profonde misère sociale, un quart monde inondé de marmaille mais englué dans un vide étouffant. Toute la tension de la pièce repose d'ailleurs sur les contrastes entre cette sorte d'anémie sociale et l'énergie survitaminée employée à faire de ce jour de fête un moment exceptionnel, une trouée vers le bonheur, si temporaire soit-elle. A ce jeu, la mise en scène pousse le décalage à l'extrême. Les robes des filles, de couleurs criardes, sont plus indécentes que festives. Le mur de frigos (référence à un prolétariat anesthésié par la surconsommation ?), s'ouvre sur de piteux spots et machines à fumigènes, parmi les litres d'alcool. Les carrés d'herbe de cette fête campagnarde sont d'une criante fausseté synthétique. Guirlandes de sous-vêtements, ballons multicolores pour évoquer les séances de Ball-trap des voisins, vieux couple plus mort que vif : tout dans l'emballage scénique évoque un glauque tapageur.
Et puis, il y a le texte et les personnages, tiraillés de même entre le vide de leur existence, accentuée par le manque qu'a laissé l'ami Franck, et une nerveuse détermination à s'amuser, se saouler. Forcément, cela pousse le spectateur entre rire et horreur quand Rod veut sniffer les cendres de Franck ou quand la fiancée et veuve danse dans des transes désespérées. Dans cet exercice, le jeu des comédiens doit encore se poser un peu. Bien sûr, il faut une dose d'hystérie, mais qui doit être contrebalancée dans l'émotion. On devine l'abattement des personnages derrière leurs excès mais tout cela manque encore de nuances. Sûr que le trait va se préciser avec la belle brochette de comédiens qui composent cette fête sauvage : France Bastoen, Anna-Pascale Clairembourg, Marc De Roy, Catherine Grosjean, Philippe Jeusette, Vincent Lecuyer et Martine Willequet. L'humour noir y est féroce, reste à lui aiguiser les dents.
CATHERINE MAKEREEL
(édition du 12/09/2012)
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