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Odyssées
Critique du Soir
 (Avis de la rédaction)
On a connu des spectacles forts sur le thème de l'immigration au Poche. On se souvient entre autres de la bouleversante "Femme Fantôme" portée par Carole Karemera. Fidèle à sa vocation de théâtre engagé, le théâtre sort une fois encore les crocs pour dénoncer l'inhumain parcours des immigrés clandestins et le cruel détachement de l'Europe, entre compassion hypocrite et voyeurisme indifférent. Mais, décousue et didactique, "Odyssées" de Gustave Akakpo nous perd en route, bien avant que ses personnages ne se perdent eux-mêmes sur les mers meurtrières de l'exil.
Tout commence sur la terre ferme dans un kaléidoscope d'histoires particulières, tableau grouillant d'une Afrique chaotique, où la survie quotidienne côtoie l'agressive misère. On y croise prostituées, passeurs malhonnêtes, marchands, et autant de débrouillards exténués en quête d'ailleurs. Fort brouillonne, cette première partie se déploie comme un labyrinthe bruissant, formidablement porté par la musique live de Max Vandervorst. Avec son étonnant parc instrumental, guitares bricolées de caisses à légumes ou de pagaies, le luthier sauvage habille cette fourmilière avec délicatesse tout en soulignant le règne du système D dans ces contrées malmenées.
Dans la seconde partie, une poignée de migrants, accompagnés d'un journaliste européen casse-cou, sont réunis sur un bateau de fortune pour tenter la traversée de tous les dangers. La pièce prend alors un ton plus lyrique, les passagers soudain rebaptisés Thésée, Ulysse, Antigone, Agamemnon, Médée, comme autant de héros d'une tragédie pourtant contemporaine. Envolées poétiques, hallucinations oniriques : cette traversée se fait plus métaphorique, jusqu'à une nouvelle et brutale rupture de ton quand ces candidats à l'immigration deviennent les candidats d'un jeu de télé-réalité. Comme calquée sur Secret Story, l'émission Boat People transforme le voyage de nos personnages en matière sensationnaliste, propre à faire pleurer les chaumières. Référence non déguisée au voyeurisme anesthésié des téléspectateurs européens devenus insensibles à ces images de frêles embarcations surchargées, si pas naufragées, de migrants.
De belles personnalités (dont une épatante Sabine Pakora) traversent cette odyssée. La mise en scène de Michel Burstin accomplit de belles images avec un décor de bric et de broc, mais l'ensemble prend trop de chemins disparates, trop de détours, trop de messages explicites, pour nous accrocher et nous bouleverser.
CATHERINE MAKEREEL
(édition du 10/10/2012)
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